En janvier 1831, Aurore Dudevant quittait Nohant
pour un premier séjour à Paris, où elle allait conquérir son indépendance.
Elle y retrouva Jules Sandeau, rencontré l’été précédent et fut
engagée comme journaliste au Figaro par Henri de Latouche.
Au bout de quelques mois elle s’installa avec Sandeau dans un appartement
situé 25 quai Saint-Michel. " Je voudrais avoir une sortie pour laisser échapper Jules à quelque heure que ce fût, car enfin mon mari peut tomber je ne dirai pas du ciel, mais de la diligence, un beau
jour à 4 h. du matin et n’ayant pas de gîte me faire l’honneur de débarquer chez moi. "
George Sand à Émile Régnault, 25 mai 1831,
Correspondance , t. I, p. 875
D’Aurore Dudevant à George Sand Ensemble ils se lièrent avec Balzac et écrivirent
Rose et Blanche, qui parut en décembre 1831 sous le pseudonyme
de J. Sand. L’accueil fut honorable. Mais le 18 mai 1832, était
publié un roman signé G. Sand, écrit par Aurore seule, Indiana.
Pour Aurore, du jour au lendemain, c’était la célébrité. Sandeau
reprit alors son nom en toutes lettres et resta propriétaire de
Rose et Blanche.
En avril elle avait ramené de Nohant, avec le manuscrit d’Indiana,
sa fille alors âgée de trois ans. Jules était d’accord, mais l’arrivée
de Solange dérouta la petite communauté berrichonne qui gravitait
autour d’eux. La naissance de George Sand les déconcerta bien d’avantage.
Quand en octobre 1832, Henri de Latouche céda à Sand son bail du
19 quai Malaquais – la célèbre “ mansarde bleue ” – Sandeau alla
s’installer 7 rue de l’Université. Elle éloignait l’amant jaloux
et ombrageux. La séparation s’annonçait et entraînait un refroidissement
avec les camarades berrichons qui se sentaient probablement dépossédés
eux aussi. Sand rompit efficacement avec le petit Jules
en mars 1833. "Mon ami, allez chez Jules, et soignez son corps. L’âme est brisée vous ne la relèveriez plus. N’essayez pas. […] Tâchez que Jules vive, ce sera horrible pour lui pendant longtemps, mais enfin il est si jeune. "
George Sand à Émile Régnault, 6 mars 1833,
Correspondance , t. II, p. 272
En 1833, la publication de Lélia
déchaîna les passions et bouleversa une existence jusque-là discrète.
Sollicitée, courtisée, admirée ou examinée avec curiosité, George
Sand devint un personnage à la mode. Gustave
Planche l’avait présentée à François
Buloz, le directeur de la Revue des Deux Mondes, avec
qui elle signa un contrat d’exclusivité. Ce fut le temps de la séduction
et des amours brèves : Marie
Dorval, Prosper
Mérimée, l’époque où Sainte-Beuve
fut son conseiller littéraire et le confident de sa vie amoureuse.