Les amours
Michel de Bourges

Un mois plus tard, elle rencontrait Michel de Bourges. George Sand souhaitait alors se séparer officiellement de son mari. Avocat célèbre, Michel lui fut présenté par Gabriel Planet. L’entrevue eut lieu le 9 avril 1835. Il venait de lire Lélia. Séduit, il lui offrit une nuit durant, en arpentant les rues de Bourges, une plaidoirie éblouissante.
"De sept heures du soir à quatre heures du matin, ce fut un véritable éblouissement pour mes deux amis et pour moi. […] Tous trois nous fûmes vaincus, et quel que fût le degré de conviction de l’homme qui nous avait parlé, nous nous sentîmes, en le quittant, tellement au-dessus de nous-mêmes, que nous ne pouvions et ne devions pas nous soustraire par le doute à l’admiration et à la reconnaissance."
George Sand Histoire de ma vie, t. II, p. 318-319

Michel, qu’elle nommait Éverard, était un personnage étrange et fascinant par son éloquence vertigineuse. Avec lui commença une passion républicaine. Il contribua à sa prise de conscience politique. Il était autoritaire et tyrannique, mais il la fascinait et elle s’engagea auprès de lui. Elle prit des risques, son appartement du quai Malaquais, transformé en cénacle républicain, était surveillé. Toutefois quand il plaida un soir sur le pont des Saints-Pères – avec tant de véhémence qu’il brisa sa canne sur les murs du vieux Louvre – pour une révolution radicale et sanglante, "un appel au poignard et à la torche "
elle s’indigna, discuta, puis s’éloigna. Elle aimait cet homme, moins juvénile, plus viril que ses amants précédents, mais il la déçut.
Elle envisageait de vivre avec lui ; il le lui avait promis. Mais Michel était marié et le resta. La personnalité de Sand, qu’il aurait voulu modeler, lui fit sans doute peur ; sa femme également. Ils s’accusaient mutuellement d’infidélités. Il plaida à Bourges dans le procès en séparation des époux Dudevant, alors que leur liaison se délitait. Elle se termina l’année suivante.
Elle avait aimé Éverard, la séparation fut douloureuse. Charles Didier et Félicien Mallefille furent des amants de consolation. De sa courte liaison avec Pierre Bocage, elle conserva une amitié qui ne se démentit jamais.