Les années de la liaison avec Chopin,
royaliste et conservateur, sont aussi celles des amitiés
socialistes de George Sand.
Chopin avait un caractère difficile, égocentrique et instable. Il ne supportait pas la véhémence des amis politiques de Sand. Délicat, il était choqué par les manières d’Hippolyte
à Nohant et celles de certains visiteurs à Paris. "Tout l’agite et le fait souffrir, et j’ai fait à son repos d’immenses sacrifices dont il me saurait gré s’il pouvait guérir. Là, cher ami, est le plus profond chagrin de ma vie présente."
George Sand à Pierre Bocage, 21 février 1845, Correspondance, t. VI, p. 803
Lors de la parution de Lucrezia Floriani
en 1847, tout Paris, sauf l’intéressé, reconnut Chopin sous les
traits du prince Karol, amant possessif et égoïste. Sand démentit.
"On a prétendu que dans un de mes romans, j’avais peint son caractère avec une grande exactitude d’analyse. On s’est trompé […] J’ai tracé dans le prince Karol, le caractère d’un homme déterminé dans sa nature, exclusif dans ses sentiments, exclusif dans ses exigences. Tel n’était pas Chopin. La nature ne dessine pas comme l’art, quelque réaliste qu’il se fasse. "
George Sand, Histoire de ma vie, t. II, p. 444
Mais les enfants grandissaient et Maurice acceptait mal désormais la liaison de sa mère avec Chopin, lequel, lui-même, ne supportait pas le partage. Et surtout il y avait Solange. Dix-sept ans, d’une beauté agressive et voluptueuse, elle ressemblait à sa bisaïeule,
Aurore de Saxe. Sauvage et rebelle, elle fascinait Chopin qu’elle était la seule à ne pas traiter en enfant gâté.
Mal aimée par sa mère, elle était jalouse d’Augustine Brault que celle-ci avait adoptée en 1845. L’été de 1846 fut extrêmement tendu. Chopin était envoûté par Solange qui l’avait convaincu d’une possible liaison entre Augustine et Maurice, il s’en mêla, parla rudement à Maurice qui décida de quitter la maison. "Un jour, Maurice, lassé des coups d’épingle, parla de quitter la partie. Cela ne pouvait pas et ne devait pas être. Chopin ne supporta pas mon intervention légitime et nécessaire. Il baissa la tête et prononça que je ne l’aimais plus. "