Les combats
La reconnaissance par ses pairs et par la France

Vigny, Sainte-Beuve, Sandeau sont maintenant Académiciens français. Qui a eu l'idée d'une reconnaissance de George Sand en 1860 ? Elle passait alors pour avoir des problèmes d'argent plus aigus que de coutume, et Sainte-Beuve souhaitait lui faire attribuer le prix Gobert décerné par l'Académie française : un prix de 20 000 francs. Il fit campagne avec efficacité, reçut l'appui de Vigny, de Mérimée – qui donna lui aussi de sa personne –, de Ponsart, de Nisard et de Silvestre de Sacy. Jules Sandeau ne se déplaça pas. Mais c’est Thiers qui reçut le prix Gobert.

Ce choix irrita la Cour. L'Impératrice suggéra d'élire George Sand à l'Académie française. Quelques mois plus tard un petit opuscule circula en France : Les Femmes à l'Académie. Sand répondit courageusement avec Pourquoi les femmes à l'Académie ? Il n'y avait aucune raison, à son avis, pour que les femmes entrent dans cette institution vieillie, non parce que
“ ces raisins-là sont trop verts ” , écrivait-elle, mais parce que, déjà, ils “ sont trop mûrs ” .
En 1864, elle est ovationnée par la jeunesse étudiante du Second Empire, lors de la première du Marquis de Villemer à laquelle assistaient Napoléon III et l'impératrice Eugénie.

Lors de l’enterrement de Sainte-Beuve, mort le 13 octobre 1869, lorsqu’elle quitta le cimetière Montparnasse aux bras de Plauchut et d'Adam, la foule la salua avec émotion et respect.
“ dans la vraie foule j'ai été l'objet d'une manifestation dont je peux dire que j'ai été reconnaissante, parce qu'elle était tout à fait respectueuse et pas enthousiaste ; on m'a escortée en se reculant pour me faire place et en levant tous les chapeaux en silence. La voiture a eu peine à se dégager de cette foule qui se retirait lentement, saluant toujours et ne me regardant pas sous le nez, et ne disant rien. […] c'était comme un mouvement général d'estime pour le caractère plus que pour la réputation. ”
George Sand à Maurice Dudevant-Sand, 16 octobre 1869, Correspondance, t. XXI, p. 681


Ce sera le dernier hommage public qui lui sera rendu à Paris. Après la mort d'Alexandre Manceau, en 1865, elle avait délaissé peu à peu la villa de Palaiseau qui avait été vendue en 1869. La naissance de ses petites-filles, Aurore, en 1866, puis Gabrielle, deux ans plus tard, contribua à la sédentariser. Elle ne quitta plus le Berry que pour voyager – en Bretagne (1866) ; en Normandie (1867) ; à Bruyères auprès de Cannes (1868) chez Juliette Adam ; dans les Ardennes (1869) ; en Auvergne (1873) ; ainsi que trois séjours à Croisset chez Flaubert (1866-1868) – ou pour de courts séjours à Paris.

Sur les fauteuils de l’Académie française. Composition avec photographie de George Sand par Nadar © AD Indre