Marie Catherine Sophie de Flavigny, comtesse d'Agoult, femme de lettres connue sous le pseudonyme de Daniel Stern (1805 – 1876)
Marie de Flavigny, comtesse d'Agoult par Henri Lehmann, peinture, 1843. Musée Carnavalet
© RMN
1805-1876

Son père était français et militaire de carrière. Il émigra dès le début de la Révolution à Coblence et y épousa, en 1797, la fille d'un banquier impérial de Francfort qui lui donna trois enfants dont Marie était la benjamine. La famille de Flavigny ne revint en France qu'en 1809 et s'installa en Touraine. De mère protestante et de père ultra et voltairien, Marie fut élevée à la fois en France et en Allemagne. En 1827, elle épousa le colonel de cavalerie Charles d'Agoult et anima un des salons les plus resplendissants du faubourg Saint-Germain, fréquenté par Vigny, Ingres, Mignet, Heine, Rossini, Meyerbeer, Chopin. Le couple eut deux enfants.
En 1839, elle rencontra l'homme de sa vie, le génie romantique par excellence, Franz Liszt, qui lui inspira une passion ardente. Leur liaison insolemment affichée et leur départ pour la Suisse, scandalisa l'opinion publique. Liszt et Marie d’Agoult eurent trois enfants : Blandine, future épouse d'Émile Ollivier, Cosima qui devint Mme Hans von Bülow puis Mme Richard Wagner et Daniel qui mourut à vingt ans. Leur liaison se dégrada assez vite et agonisa longtemps. Quand ils se séparèrent, Liszt confia leurs enfants à sa mère et interdit à Marie de les voir. Après la rupture, en 1844, elle revint définitivement à Paris. Elle se consacra à la littérature et publia, sous le pseudonyme de Daniel Stern, de nombreux articles dans des revues, des romans, et une Histoire de la Révolution de 1848 (1850-1853) qui lui valut l'estime de la IIIe République dont elle salua l'avènement.
Elle tint un salon littéraire et politique reconnu, entre 1850 et 1875. Dépressive, elle sera internée quelques temps à la clinique du docteur Blanche. Elle géra dangereusement sa fortune et mourut ruinée.
C'est Liszt qui l’avait présentée à George Sand. Celle-ci répondit aux offres d'amitié de Marie d'Agoult, mais le premier contact avec la Princesse dite également Arabella, avait été distant. À l'issue de son long procès en séparation, Sand accompagnée de ses enfants rejoignit le couple en Suisse. En octobre, après son départ du quai Malaquais, George Sand loua pour ses séjours parisiens un appartement à l'Hôtel de France, où logeaient Liszt et Marie d'Agoult, et où Marie avait ouvert un brillant salon artistique et politique. L'année suivante, elle passa plusieurs mois à Nohant où Liszt venait souvent la rejoindre. Sand a laissé une évocation vibrante de ces soirées d'été :

“ Ce soir-là, pendant que Franz jouait les mélodies les plus fantastiques de Schubert, la princesse se promenait dans l'ombre autour de la terrasse ; elle était vêtue d'une robe pâle, un grand voile blanc enveloppait sa tête et presque toute sa taille élancée. Elle marchait d'un pas mesuré qui semblait ne pas toucher le sable et décrivait un grand cercle coupé en deux par le rayon d'une lampe, autour de laquelle toutes les phalènes du jardin venaient danser des sarabandes délirantes. […] Nous étions tous assis sur le perron, l'oreille attentive, […] engourdis comme toute la nature dans une morne béatitude, nous ne pouvions détourner nos regards du cercle magnétique tracé devant nous par la muette sibylle au voile blanc. ”
George Sand, Entretiens journaliers, Œuvres autobiographiques, t. II, p. 989

À ces moments privilégiés succédèrent des tensions, des malentendus entretenus par des tiers, puis le silence de George qui cessa de répondre aux lettres de Marie. La littérature s'en mêla. On peut reconnaître Marie d'Agoult dans Horace sous les traits peu flatteurs de la vicomtesse de Chailly, puis les trois personnages de cette amitié défunte transposés dans Béatrix de Balzac, à qui Sand avait fait des confidences lors de son séjour à Nohant en 1838.