La famille
Les années Nohant1 2 3

"Je repris mes sens en entrant dans la cour de Nohant. Ce n’était pas aussi beau, à coup sûr, que le palais de Madrid, mais cela me fit le même effet, tant une grande maison est imposante pour les enfants élevés dans de petites chambres […] C’était la première fois que nous étions reçues à Nohant, ma mère et moi."
George Sand Histoire de ma vie, t. I, p. 585

La mort du père
Une semaine après la mort de son enfant, Maurice Dupin, désarçonné par son cheval, se tuait accidentellement en revenant de La Châtre. Il avait trente ans. Sa mère, “ qui n’avait jamais pu marcher ” , courut relever le cadavre de son fils bien-aimé sur la route à une lieue de la maison. Deux femmes inconsolables pleuraient le même homme. Elles allaient devoir rester en tête-à-tête mais elles se détestaient. Elles reportèrent leur rivalité sur Aurore.
"Ma mère et ma grand-mère, avides de mon affection, s’arrachèrent les lambeaux de mon cœur."
George Sand Histoire de ma vie, t. I, p. 683

Sophie-Victoire était désespérée par la mort de son mari et ne voulait pas rester à Nohant où Mme Dupin de Francueil refusait de recevoir sa fille aînée, Caroline. La grand-mère voulait par ailleurs garder auprès d’elle et éduquer sa petite-fille. Le conflit dura plusieurs mois. Un déchirement pour Aurore très attachée à sa mère qui était son seul repère. Sophie-Victoire résista puis céda. Le combat était inégal. Mme Dupin de Francueil avait les moyens d’offrir à l’enfant une éducation et un avenir qu’elle ne trouverait pas auprès de sa mère. Elle devint ainsi l’unique tutrice d’Aurore et prit à sa charge les dettes que son fils avait contractées. Elle attribua également à Sophie-Victoire une rente annuelle de mille livres.
"Il en résultat pour moi un grand mépris pour l’argent, avant que je susse ce que ce pouvait être, et une sorte de terreur vague de la richesse dont j’étais menacée."
George Sand Histoire de ma vie, t. I, p. 604

Aurore Dupin et son demi-frère Hippolyte Chatiron en 1810, pastels attribués à leur grand-mère Madame Dupin de Francueil. Musée de la Vie romantique © PMVP