Les théâtres
La censure

La censure préalable des pièces de théâtre qui avait été abolie en 1791, fut rétablie par Napoléon Bonaparte. Elle restera globalement en vigueur jusqu’en 1904, sauf pendant les brèves périodes de conjoncture révolutionnaire : 1830, 1848, 1870. George Sand a toujours été surveillée par la censure, mais deux pièces ont particulièrement fait l’objet de ses attentions : Claudie en 1851, dont certaines phrases ont du être supprimées et d’autres modifiées, puis Mademoiselle La Quintinie en 1872, interdite pour anticléricalisme.
Dans le rapport de la censure Claudie était accusée de comporter
" des passages où percent les tendances socialistes. Ces passages sont peu nombreux et portent principalement sur quelques généralités qui tendraient à opposer les pauvres, tels que Rémy et sa fille, à de mauvais riches tels que Ronciat. "
George Sand écrivit alors à Bocage, metteur en scène de la pièce : " Si nous les brutalisons, ils en demanderont davantage ; que faire contre la stupidité qui a la force pour elle ? J’essaierai de filer doux sans platitude. […] Je crois que si j’étais là pour m’expliquer, ils n’oseraient pas être si bêtes, mais je n’ai guère envie de passer par leurs semonces personnellement. Il ne faut surtout pas faire de menaces […] Et d’ailleurs, ne savez-vous pas que c’est tout ce qu’ils désirent au monde, de me voir lancée dans la polémique ? Ma quiétude, mon indépendance, ma prudence, la possibilité que j’ai conservée au milieu de ces agitations politiques, de faire de l’art consciencieux et qui peut encore mettre le public de mon côté, voilà ce qui les blesse, […] ils enragent de ne pas pouvoir me mettre en cause, me condamner, me réduire au silence et m’envoyer en prison. Ils savent bien qu’avec la persécution et la colère on use le talent. "
George Sand à Bocage, 30 décembre 1850, Correspondance, t. IX, p. 895

En 1872, George Sand adapta pour la scène Mademoiselle La Quintinie, un roman anticlérical publié en 1863. Accueillie avec enthousiasme par la direction de l’Odéon la pièce ne sera jamais montée. Les censeurs de la IIIe République naissante, refuseront de prendre la responsabilité d’autoriser sa représentation.